visite ferme dephy 2Les Défis Ruraux au Rallye des fermes Dephy !

Le 22 juin 2018 avait lieu la visite de trois fermes « Dephy » : des fermes engagées dans la réduction de produits phytosanitaires. Cette journée était organisée par la CODAH* en partenariat avec le CER France, la Chambre d’agriculture de Normandie et les Défis Ruraux. L’objectif était de sensibiliser un public agricole aux enjeux de la protection de la ressource en eau et de montrer que des solutions existent et sont déjà mises en place chez certains agriculteurs.

Le rallye a commencé avec la visite d’une ferme en polyculture-élevage lait : chez Jean-Paul Commare, à Trouville-Alliquerville. Accompagné par les Défis Ruraux, il a fortement réduit l’usage de produits phytosanitaires et a d’ores et déjà atteint l’objectif 2025 du plan EcoPhyto : une diminution de 50 % par rapport à la moyenne régionale !

Installé en 1981 sur la ferme familiale, c’est en 1987 qu’un déclic se produit : jusque-là, les rendements allaient croissants, mais cette année, avec les mêmes charges, les résultats sont divisés par 2 ! (un scénario proche de celui de 2016…). Il se décide alors à produire autrement, à la fois pour des soucis économiques mais aussi des préoccupations environnementales : « On traite par sécurité : fongicides, herbicides, régulateurs… mais est-ce vraiment ça la sécurité ? ». Il entame alors un long cheminement, à la fois technique et psychologique de remise en question de ses pratiques mais aussi de son regard sur les champs : « J’ai appris à accepter certaines choses, une parcelle nickel (zéro adventice, N.D.L.R) n’est plus un objectif en soi ».

visite ferme dephy 1Pendant la visite de son exploitation, M. Commare et son successeur Thomas Ledun ont pu partager leur vision globale des systèmes de production agricole. En insistant sur une réflexion à la rotation, et non pas à la culture, ils ont pu diminuer les doses d’herbicides. Par exemple, la succession traditionnelle lin – betterave a été conservée, pour bénéficier de l’atout d’une double culture de printemps dans la gestion des adventices. Aussi, sur la culture du blé, en choisissant des variétés résistantes, en semant plus tardivement et moins dense, la pression maladie est nettement plus faible… Résultat : un seul fongicide la plupart du temps, deux les années à forte pression. Les régulateurs ne sont plus systématiques. Un autre exemple : sur les betteraves, ils ont supprimé la pré-levée et 2 à 3 post suffisent souvent avant de finir avec un binage. La liste des changements est longue…

Du côté de la comptabilité, il n’y a pas photo : les rendements ne sont pas les meilleurs, mais les charges sont réduites d’un tiers, voire de moitié. La marge est donc cohérente et dans la moyenne du secteur.

La journée s’est poursuivie sous le soleil, avec la visite de fermes qui apportent toutes des idées différentes pour converger vers un seul et même objectif : réduire l’utilisation de produits phytos en dégageant un revenu agricole suffisant sur l’exploitation. Parmi les techniques testées sur les fermes, citons le semis direct sous couvert, le blé conduit sans fongicides, le colza associé, le maïs en strip-till…

C’est la qualité de l’eau que nous buvons qui est directement impactée ! Les agriculteurs présents ont montré qu’ils souhaitaient faire partie de la solution plutôt que d’être du côté des accusés. Un vent de changement souffle sur le pays de Caux, avec les agriculteurs et agricultrices comme premiers acteurs !

 

* Communauté d’agglomération de la région havraise