Le pâturage permet de mieux résister aux crises laitières et facilite la transmission de son exploitation

Même si la chute du prix du lait impacte tous les producteurs, l’éleveur laitier herbager résiste mieux grâce au pâturage, qui assure l’équivalent de 190 jours plat unique en moyenne ! Tel est le constat de l’Observatoire technico-économique du Réseau Civam sur l’exercice 2016 pour les systèmes bovin lait spécialisés du Grand Ouest.

Depuis 2000, le Réseau Civam compare les performances des systèmes herbagers avec les exploitations laitières du RICA (Réseau d’Information Comptable Agricole).
Après 3 ans de baisse, le prix du lait en 2016 a été au plus bas. Le revenu de tous les éleveurs a été impacté, dégradant des situations financières déjà critiques : en moyenne 29 % des fermes RICA étaient dans le rouge sur les années 2013-2016. Ces résultats illustrent la crise sociale et humaine du secteur laitier.

resultats eco par actifDe tels niveaux de prix ne sont supportables pour personne. Mais même en contexte difficile, les systèmes herbagers montrent les tendances observées les années précédentes : ils sont plus résistants, car ils dégagent plus de résultat au litre de lait produit. En moyenne, un herbager non bio a 16 403 € de résultat courant, soit 9 500 € de plus qu’au RICA (+ 142 %) avec 95 000 litres de lait en moins.
Ce n’est ni le volume produit, ni l’investissement qui font le revenu mais bien la richesse créée (+10 % de valeur ajoutée par actif en non bio). Les fermes herbagères ont ainsi une capacité à maintenir et développer l’emploi agricole dans les territoires (+200 € de Résultat Social* par hectare en non bio).

tableau des charges


L’efficacité économique des systèmes herbagers (+12 points pour les herbagers non bio par rapport au RICA) se construit en tirant profit des processus biologiques pour réduire leurs charges**. C’est à travers leur assolement et leur mode d’exploitation basé sur le pâturage que les fermes herbagères développent leur autonomie. Elles limitent ainsi les impacts environnementaux sur leur ferme mais aussi les impacts délocalisés dus aux aliments achetés.
Mais en 2016, avec des prix au plus bas, on constate que les écarts de revenus avec le RICA ont diminué. La réduction des charges n'est pas infinie et il faut aussi du produit et donc des prix pour dégager du résultat !


Les systèmes herbagers démontrent qu’il est possible de vivre correctement de son métier tout en préservant l’environnement. Pour atteindre ces enjeux, il faut des prix rémunérateurs et des politiques publiques qui accompagnent les agriculteurs qui souhaitent évoluer vers plus de durabilité et assurer la poursuite du projet agricole qu’ils ont engagé.

Romain Dieulot, pour le Réseau Civam

+ d'infos : téléchargez la plaquette de l'observatoire


* Résultat social : il mesure le résultat permettant de 1- rémunérer tout le travail, exploitant et salarié, direct (rémunérations) et différé (prestations sociales) ; 2- assurer la santé financière de l’exploitation (augmenter la part des capitaux propres dans le passif et donc réduire l’endettement).

** Réduction des charges : 2 fois moins de concentrés par UGB, 50 € de coût alimentaire en moins aux 1000 L, et par hectare : 76 % d’économie d’engrais, 70 % d’économie de phytos et 180 € de coût de mécanisation en moins.